Textes

Entretien sur « Du côté de la réalité immédiate » – par Nadin Mai de Tao Films. mars 2018.

english version : https://tao-films.com/film/du-cote-de-la-realite-immediate

(questions en anglais / réponses en français)

1) Pierre, your short film is a complex piece with several layers to which you persistently add over the course of the 40 minutes running time. I would like to know what the starting point for the film was. What made you make Du côté de la réalité immédiate ?

L’origine de ce film c’est l’urgence que je ressens à pousser un « coup de gueule » contre toute une série de nouvelles pessimistes sur le monde, que je lis sur Facebook et dans la presse en novembre 2016. Ensuite c’est la découverte de la pensée de Bernard Stiegler qui décline un point de vue à la fois analytique et philosophique sur les nouvelles technologies, telles que l’addiction aux réseaux sociaux. Je commence une collecte de textes, certains que je connaissais comme ceux de Noam Chomsky, puis des découvertes d’interwiews, comme Pierre Rabhi, Claude Bourguignon, des publications de Tristan Harris, le roman « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson… et puis cet entretien avec l’Alien de Roswell que j’ai découvert sur le net. Un document longtemps resté secret de l’US AIR FORCE. Une infirmière, Mathilda o’Donnel Mc Elroy, a pu communiquer par télépathie avec l’Alien de Roswell capturé par l’armée. Elle en a fait une retranscription restée secrète et qui est sortie au grand public il y a quelques années. Je considère cet écrit comme un conte de fée fantastique  qui donne une version sur l’origine de notre terre. C’est une envolée poétique qui permet de sortir à la fin du film de toutes cette vérité implacable énoncée sans retenue et d’ouvrir sur d’autres horizons. Certains spectateurs ont été choqués par ce passage pour son aspect complètement anachronique. D’autres ont compris et apprécié ce revirement narratif que je tiens pour essentiel pour la meilleure compréhension du film.

2) « Du côté… » can perhaps be described as speaking about our social malaise, about our current struggles. But it also feels like a very personal film full of anger. (please respond)

Cette façon de m’approprier la parole des autres, de faire un assemblage de ces textes exprime au plus juste ce que je pourrais dire moi-même, étant incapable d’écrire aussi finement que ces penseurs, philosophes, écrivains, agronomes…

3) What struck me in your film is the lack of coherence between image and text. I found this very intriguing, it’s something that had me really engaged in both the film and the broader subject matter. Why have you chosen not to show what you were speaking about but rather confront the viewer with disparate images ?

C’est le point crucial du film : énoncer sans montrer. Raconter avec les images autre chose que ce que dit la voix-off. Créer un décalage, parce que tout ce qui est dit est tellement pessimiste, que l’image pousse dans une direction opposée, plus poétique et plus libre, ouvrant l’imagination du spectateur. Je maintiens captif le spectateur avec les images et la musique de Gilles Sornette, alors qu’il pourrait décrocher à cause du contenu des propos.

4) The way you worked with the images is interesting. There are superimpositions, which give way to magnificent, at times mind-bending images. But what I found most interesting are, for example, the images at the beginning. I wasn’t sure whether they were photographs or slow-moving images. (please respond)

Les images du début comme 60% du film, sont tournées avec un Iphone 4s. C’est une récolte permanente d’images glanées au hasard de mes déplacements en voiture, de préférence lorsqu’il pleut et que les vitres sont constellées de gouttes, ce que j’affectionne particulièrement, car cela provoque cette sensation d’enfermement ou de filtre.

5) Your film has a certain educational edge to it. It is not a film that you can just let wash over you. It is something that makes you think, ponder, reflect about where we, as individuals and as societies, are just now. This makes me wonder what your goal in filmmaking is. What does filmmaking mean to you, what does it stand for?

Quand on ressort de la projection, je voudrais (un peu comme tous les cinéastes), que le film continue son effet dans l’esprit des spectateurs. Que lentement travaillent encore les images et le son pour persister dans les souvenirs et faire son oeuvre quelques mois après dans la tête de celui qui l’a regardé.

6) IN December, we showed your film Memoire Carbone, in which you used a voice over, just like you do in Du côté. Personally, I find voice-overs intriguing. There is this play between absence and presence, but there is also some sort of guidance. Why do you use voice-overs in your film? Is it something you use in all of your films ?

La voix off ou la voix intérieure est une manifestation d’une pensée et aussi une vibration orale comme un chant, qui s’insinue. C’est un procédé que j’utilise souvent. Le film est comme « parlé ». Pour moi, tout se complète lorsque qu’une voix accompagne un montage image et sonore. Le film parle comme s’il était animé d’une vie propre.

7) I can imagine that your working on a new project at the moment. What plans do you have for 2018 ?

Justement je travaille sur un film où il n’y a que de l’image et des compositions sonores : des musiques expérimentales. Pas de voix ! J’avais envie de m’immerger dans mes images tournées depuis un an, faire un plongeons au coeur de ce qui me motive le plus : capter des instants de lumières particuliers dans la nature qui m’entoure.

Ce film « Chronophobie » est une dérive paysagère où s’entrecroisent des visions fulgurantes proches parfois d’une sorte de « photo animée » qui décrit au plus près cette envie d’immersion. Envie de musiques aussi. Grâce à Bandcamp, j’ai découvert tout un aspect de la création musicale indépendante que je ne soupçonnais pas. J’ai contacté ces musiciens : américain, norvégien, bulgare, français. Je leur ai demandé d’utiliser un morceau de leur album mis en ligne. Comme j’ai fait avec les textes dans « du côté de la réalité  immédiate», j’ai fait un montage musical qui accompagne mes images.

Many thanks for this interview.

 

 

Sur « Neuf fragments de petites choses instantanées »

« Ce ne sont pas neuf, mais mille fragments de vie qui se succèdent sur l’écran, au fil d’un montage rapide et syncopé.

Images de l’extérieur : ouvriers dans la rue, salle de concert, café pendant la coupe du monde…

Sons eux aussi captés à l’extérieur, à l’amplitude et à l’agressivité variables: vrombissements de marteau piqueur, discours, solo de Carmen. À l’intérieur, des scènes de vie familiale filmées en mini-DV : un goûter d’anniversaire, une petite fille qui fait le clown, une femme qui se coiffe, un garçon qui fait ses devoirs…

Du dehors au dedans, ce « carnet de bord» déstructuré et restructuré de façon presque surréaliste par le montage, témoigne de la difficulté du réalisateur à comprendre le monde qui l’entoure et à appréhender la situation nouvelle – et, semble-t-il, déstabilisante pour lui – créée par sa relation amoureuse avec une femme déjà mère de deux enfants. Bien qu’il s’agisse de son univers intime, Pierre Villemin s’abstrait d’emblée du champ, se retranchant derrière l’ceil de la caméra. De lui, on n’entendra que la voix lors de brèves conversations avec ceux qu’il filme, on ne verra qu’une représentation symbolique : l’une des quatre brosses à dents glissées dans un verre, l’un des deux verres posés sur une table – tentative de localisation de lui-même dans cet univers qu’il explore (…)

 

Isabelle Péhourticq, critique, Etats généraux du documentaire, Lussas, 2007

 

 

Sur « Mémoire carbone »

« Quand j’ai lu la toile de fond de ce travail, j’ai pensé remettre en question sa place dans la catégorie « vidéo art ».
Moi même j’ai commencé par faire du documentaire. J’ai probablement plus de sensibilité pour cette « erreur » que d’autres. Mais ça ne m’a pas contrarié. Mr Villemin a pris à son compte ce documentaire et nous a livré quelque chose de nouveau en émotion et par sa forme.

La plupart des autres vidéos que j’ai vues utilisaient aussi des images filtrées et des effets mais leur utilité ici prend une autre dimension artistique. C’est beau à regarder, presque hypnotisant. Mais se laisser hypnotiser pourrait amoindrir la profondeur de l’impact émotionnel qu’offre cette vidéo. Je me suis posé la question de la longueur : « à ce moment là ça pourrait être la fin, ça suffit… l’objectif est atteint. » Mais après avoir regardé le déroulement et l’évolution des images, j’ai changé d’opinion.

Maintenant je crois que la longueur intensifie le propos.
Le son et la musique sont parfaits. Le son et l’image fonctionnent en adéquation, comme les conspirateurs d’une conscience ouvrière. La vie de ces hommes m’a touché. Eprouver une émotion et la traduire est le but de tout artiste. C’est un travail tenu sur toute sa longueur. Des choix intelligents et sensibles ont été pris. L’artiste a atteint son but de la première à la dernière image. Ce travail démontre que la contrainte peut aider à affirmer une écriture et que ce n’est pas une tâche facile. »

Jerry King Musser, président du Jury du Digifestival, Florence, 2008

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